La police guinéenne “infiltrée”? L’avocat Mohamed Traoré exprime ses doutes

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HABITUELLEMENT C’EST LA POLICE QUI INFILTRE LES RÉSEAUX DE MALFAITEURS POUR POUVOIR LES DÉMANTELER. MAIS QUAND LA POLICE SE DIT INFILFTRÉE, IL Y A LIEU DE S’EN INQUIÉTER

Réagissant aux nombreux cas de morts enregistrés lors des manifestations politiques ou citoyennes, le Président de la République déclarait il y a quelques semaines que ce sont les manifestants eux-mêmes qui tirent les uns sur les autres dans le dessein d’incriminer et de jeter le discrédit sur les forces de l’ordre, et partant de là, sur l’État. Quelques mois avant, un jeune du nom de Boubacar Diallo alias Grenade avait été étonnamment condamné à une peine d’emprisonnement par le Tribunal de Première Instance de Dixinn. Il avait présenté lors de son arrestation comme faisant partie d’un groupe d’individus qui ouvrent le feu sur des citoyens et sur les forces de sécurité à l’occasion des différentes manifestations.

Ces propos du Chef de l’État et cette décision judiciaire ont soulevé de très nombreuses questions. Certains y ont vu une tentative maladroite de blanchir les forces de sécurité en l’absence de toute enquête sérieuse.

Aujourd’hui encore, nombreux sont les Guinéens qui ont du mal à croire à cette thèse.

Dans une récente sortie, c’est le Directeur Général de la Police Nationale qui affirme que les forces de sécurité seraient infiltrées. À en croire, le Colonel Ansoumane Camara, il se pourrait que les exactions commises sur les citoyens lors des opérations de maintien d’ordre soient le fait d’individus qui arborent l’uniforme de la police et sèment la terreur dans les quartiers pendant lesdites opérations.

Mais cette déclaration du Chef de la Police est tout simplement difficile à comprendre.

En effet, compte tenu de la sensibilité d’une opération de maintien d’ordre, les officiers qui dirigent les unités réquisitionnées sont censés trier au volet des éléments qui doivent y prendre. Autrement dit, il y au préalable un véritable travail de planification tant en hommes qu’en matériel. Chaque élément des forces qui intervient sur un terrain de maintien d’ordre est supposé être placé directement sous l’autorité d’un chef. Même si des individus malintentionnés peuvent se procurer d’une manière ou d’une autre l’uniforme de la police ou de la gendarmerie, il est difficile qu’ils puissent se fondre dans les équipes déployées sur le terrain sans qu’aucun agent ne puisse s’en apercevoir. Que des bandits puissent porter l’uniforme des FDS
pour commettre des crimes crapuleux, c’est parfaitement possible. Mais qu’ils se mettent en uniforme, se mêlent aux forces de l’ordre dans le cadre d’une opération de maintien d’ordre et tirent sur des manifestants, cela peut paraître surréaliste.

Les agents de maintien d’ordre appartiennent généralement aux mêmes unités et sont censés se connaître. Ils ne peuvent pas ne pas détecter la présence d’un élément étranger en leur sein. Le contraire aurait été difficile à comprendre.

Au fond, toutes ces tentatives d’explications qui ne sont basées sur aucune enquête sérieuse, suscitent des questions : l’État a-t-il la volonté de faire la lumière sur “ces tueries” ? A-t-il intérêt à ce que la lumière soit faite sur ces crimes qui ne peuvent plus être passés sous silence ? Sinon qui protège-t-il ?

L’annonce par le Directeur Général de la Police de la mise en place d’une commission d’enquête au sein de la police aiderait peut-être à résoudre cette équation à plusieurs inconnus.

Et sur le plan de sécurité des personnes et de leurs biens d’une manière générale, on a toutes les raisons de s’inquiéter lorsque le Chef de la Police lui-même affirme publiquement que ses effectifs sont infiltrés c’est-à-dire qu’il existe en leur sein des éléments qui n’ont pas le droit d’y être mais qui opèrent comme s’ils étaient membres des forces de sécurité. C’est une déclaration qui ne rassure personne et peut même décourager les investisseurs privés étrangers ou nationaux et qui peut même remettre en cause l’efficacité du programme de réforme des services de sécurité. À moins que ce ne soit encore une fois une manière de cacher une vérité plus simple et qui n’est rien d’autre que la volonté d’assurer l’impunité à certains éléments des forces de l’ordre qui commettent ces bavures et ses violences rapportées par des vidéastes .

Maitre Mohamed Traoré, avocat au Barreau de Guinée 

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